Le 23 novembre, nous boycotterons le Black Friday, voici pourquoi…

«Votre fils n’a que deux ans et demi… mais vous pourrez vous entraîner en attendant», suggère une affiche de CDiscount présentant la PlayStation 4 (à -20%), ponctuée de la nouvelle signature: «N’économisez pas votre plaisir.»
Voilà qui est dit : nous sommes en 2018, tous les voyants du climat sont au rouge, depuis le 1er août l’humanité vit à crédit, on nous culpabilise si on n’a pas les moyens d’acheter bio et local et si on ne trie pas nos pots de yaourts, et dans le même temps, on nous incite clairement à acheter des produits dont on n’a pas besoin… Et c’est même sensé être drôle. Bienvenue dans la schizophrénie ambiante qui atteint un pic en cette période de pré-noël, et dont le point culminant a lieu bientôt, lors du “Black Friday”.

Au départ, le Black Friday, c’était la date à laquelle les commerces américains sortaient du rouge et devenaient rentables. Mais c’est évidemment oublié depuis longtemps : aujourd’hui, c’est devenu ce jour où les gens s’insultent, se piétinent et se battent pour un téléviseur ou une robe sous le regard hilare d’autres gens non moins débiles dont le seul réflexe, au lieu de sortir immédiatement d’une telle folie, est de sortir leur i-phone pour immortaliser le moment. C’est surtout devenu le jour le plus profitable de l’année pour les marques : l’an dernier, les distributeurs américains ont réalisé sur internet un chiffre d’affaires record de 7,9 milliards de dollars (6,6 milliards d’euros), en hausse de 17,9% par rapport à 2016…

Evidemment, on pourrait regarder cela de loin et se gausser tranquillement de l’autre côté de l’Atlantique. Mais horreur, le concept a débarqué en France en 2010. Et si ça n’a pas très bien pris au départ, les mentalités évoluent beaucoup plus vite sur ce genre d’événements que sur la cause des femmes ou le réchauffement climatique, au hasard : selon une enquête de l’institut CSA, en 2016, les Français n’étaient « que” 21 % à vouloir profiter du Black Friday l’an dernier, et ils étaient 52 % en 2017.

Comment vous convaincre de faire partie des 52 % ? Voyons voir.

Réfléchissons déjà à combien ça fait en chiffres. C’est très simple, et ça a plein de zéros derrière : selon un rapport commandité auprès du Centre For Retail Research (CRC), les Français ont dépensé 845 millions d’euros en ligne et 4,5 milliards d’euros dans les magasins en 2017 (+15 % par rapport à 2016). Les Anglais, eux, ont dépensé 3,6 milliards. Et les Allemands, 1,2 milliards… Des milliards, c’est bien ça.

Le coup de maître des grandes enseignes de distribution ? C’est de nous faire croire que ce Black Friday est une aubaine pour nous, consommateurs, dans la mesure où nous allons faire des affaires formidables, et que, hey, ça tombe bien quand même, vu que noël c’est dans un mois. Sauf que NON, en fait : selon l’association de consommateurs UFC-Que Choisir, les promotions du Black Friday ne font bénéficier les clients que de 2% de rabais en moyenne. C’est très simple, et ça n’a pas de zéro derrière.

En revanche, l’année précédente, ce sont 1400 commandes par minute qui se sont succédées sur le site Amazon (celui-là même qu’on a décidé de boycotter), soit 1.4 millions de produits vendus, permettant à l’entreprise de réaliser la journée la plus active de son histoire. Et ça nous fait une belle jambe, n’est-ce pas ?

Alors de grâce, ne cédons pas aux sirènes de la surconsommation. Le Black Friday ne va pas vous permettre de faire des économies. Il ne va pas vous aider à trouver un vélo moins cher pour votre petit dernier. Il va juste vous pousser à acheter une console de jeux dont vous n’avez pas besoin. Et il va permettre aux grandes enseignes de faire toujours plus de bénéfice en se fichant royalement de nous, des 25 millions de personnes victimes de travail forcé, et de notre planète. Et that’s all folks !

L’an dernier, Emery Jacquillat, PDG de la Camif, avait invité à boycotter le black friday. Il a même décidé de « ne rien vendre ce jour-là » : le site de l’entreprise spécialiste de la vente à distance de mobilier était tout bonnement fermé. Et Emery Jacquillat d’expliquer : “ce dernier vendredi de novembre est une nouvelle illustration d’une surconsommation absurde, qui accélère l’épuisement des ressources de notre planète en appauvrissant des consommateurs déjà gavés de produits superflus, fabriqués à l’autre bout de la planète par des travailleurs trop souvent exploités”.

Vous êtes d’accord ? Nous aussi ! Cette année, rejoignez-nous en participant au Climate Friday : Boycott Citoyen, i-boycott, Plastic Attack, Climate Friday et Zero Waste France unissent leurs forces à cette date. Notre objectif : organiser une journée pour agir, sensibiliser s’engager contre la surconsommation pour une sobriété juste.

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