Davos : parler du climat, d’accord, mais jamais sans mon jet privé…

On pourrait presque en rire si ça ne donnait pas autant envie de pleurer : à l’heure où la planète lance ses derniers ultimatums et où les populations grondent leur colère et leur inquiétude, les dirigeants et chefs d’entreprise se sont rendus à Davos (Suisse) parler climat… en jet privé : selon Air Charter Service, relayé par The Guardian, ils ont même opté cette année pour des jets privés plus grands et plus chers. Le nombre de déplacements en avion privé a augmenté de 11% sur l’ensemble de l’année dernière, où plus de 1.300 vols privés avaient été recensés vers Davos, un record depuis l’établissement de statistiques en la matière. Cette année, ce sont plus de 1700 jets privés qui ont fait le déplacement

On pourrait se dire, au bout du bout de notre bonne volonté et de notre envie d’y croire encore, que la fin justifie les moyens, et que quelques jets de plus ne seraient qu’une goutte de pétrole de plus dans la mer, si le but des patrons était de s’atteler, enfin, au dossier brûlant du changement climatique dont ils sont très largement responsables.

Cette année ne fait pas exception à la règle : « le Forum s’engage à réduire et compenser l’empreinte carbone de l’événement« , clament les affiches à Davos. Les organisateurs assurent aussi compenser intégralement les émissions carbone générées par le transport aérien via des initiatives en faveur de l’environnement. Au programme, la projection de « Notre planète », un documentaire de David Attenborough. « Ce que l’on fera sur les cinq prochaines années va profondément affecter les mille prochaines années », a expliqué le réalisateur naturaliste. Il a également exhorté les participants à évoluer vers un nouveau modèle économique mondial. « Après des années de lobbying, le message commence à passer », estime Marco Lambertini, le directeur général du Fonds mondial pour la nature (WWF).

Vraiment ?
Nous, nous n’y croyons plus. Chaque année, les stars de Davos s’insurgent contre les rémunérations excessives des PDG, les excès de la mondialisation, les inégalités croissantes… Avant de revenir (en jet toujours) dans leurs beaux pays, dans leurs grands bureaux, et de reprendre, sans mauvaise conscience aucune, les commandes de leurs entreprises odieusement irresponsables.

Ah bien sûr, ils jurent leurs grands dieux : en 2008 et 2009, déjà, ils avaient promis qu’ils mettraient bon ordre aux extravagances de la finance mondiale. Les gouvernements élus ont fait leurs petits pas, les industriels ont continué à pratiquer sans vergogne l’optimisation fiscale et l’augmentation scandaleuse de leurs émoluments faramineux…

Car une chose est sûre : ce ne sont pas les chefs d’entreprise responsables de la catastrophe climatique en cours qui vont décider de s’asseoir sur leurs profits pour offrir un autre avenir aux Bangladais qui fabriquent leurs costumes, aux Chinois qui fabriquent leurs smartphones, ou aux enfants de RDC qui s’enfoncent dans la terre pour chercher leur cobalt. Les seuls à pouvoir mettre fin à ce système profondément injuste pour les hommes, et terriblement dangereux pour notre avenir, c’est nous !

Ce week-end, soyons au rendez-vous pour exhorter nos dirigeants à mettre en place des lois contraignantes pour les entreprises responsables du réchauffement climatique.