Boycott de Carrefour : passons nous des supermarchés, cette supercherie du super pas cher

Vous avez dû voir passer l’info : Abilio Diniz, l’un des actionnaires brésiliens de Carrefour (il possède 7,86% des actions du groupe Carrefour, selon le rapport 2017 de l’entreprise), a fait des dons en faveur de deux membres du parti d’extrême droite de Bolsonaro, à Rio et São Paulo. Alors certes, le milliardaire (sa fortune est estimée à 2,7 milliards de dollars selon Forbes) a financé 19 candidats de 11 partis, et ses dons aux candidats du PSL ne représentent que 8,33 % de l’ensemble des sommes versées, comme le remarque Libération. Et bien entendu, Carrefour ne saurait être tenu responsable des dons privés de chacun de ses actionnaires…. Mais l’enseigne pourrait tout à fait y réagir, non ? Quand on compte parmi ses actionnaires une personne qui a participé à faire élire un homme sexiste, raciste, homophobe, répressif et climatosceptique (et oui, ça fait beaucoup pour un seul humain), et qu’on n’adhère pas à cette idée, il n’est pas absurde de penser qu’on pourrait le faire savoir. On a donné un temps plus que raisonnable à Carrefour pour le faire, en vain : jusque-là, Carrefour est resté silencieux.

Alors en attendant qu’elle veuille bien se donner la peine de réagir, il n’est pas absurde de boycotter l’enseigne de grande distribution, qui n’est pas novice en matière d’arrogance mal placée. L’été dernier, son PDG, Georges Plassat, est parti à la retraite en avec un chèque de 13,17 millions d’euros (quelques mois après avoir supprimé quelques 2400 postes lors d’un plan social, merci patron). Et Alexandre Bompard, fringant énarque propulsé à la tête de l’enseigne pour le remplacer, a visiblement pour principal objectif de faire remonter le cours de Bourse. Donnons-lui donc des raisons valables de se faire du souci sur cette stratégie excluant les humains et la planète.

Et puis, tant qu’on y est, boycottons aussi Intermarché, E. Leclerc, Casino et tous ces temples de la surconsommation qui n’ont d’autre priorité que de vendre de l’infect à des consommateurs désabusés ou sans le sou, au détriment des agriculteurs. Selon une étude de l’ONG Oxfam publiée cet été, et intitulée « Derrière le code-barre, des inégalités en chaîne », la grande distribution mondiale utilise sa phénoménale puissance d’achat pour réduire les prix et faire pression sur les agriculteurs et producteurs… qui gagnent toujours moins depuis 20 ans, en France et dans le monde.

De fait, selon Oxfam, les 8 premières grandes surfaces du monde cotées en bourse ont réalisé quelque 1 000 milliards de dollars de ventes en 2016 et près de 22 milliards de bénéfices. « Au lieu de réinvestir dans leurs fournisseurs, elles ont reversé la même année plus de 15 milliards de dollars de dividendes à leurs actionnaires« , indique l’étude. En France, le géant Carrefour a ainsi réalisé 894 millions d’euros de bénéfices en 2016 et reversé 510 millions d’euros de dividendes. « Si l’entreprise n’avait reversé ne serait-ce que 1 % de ce montant aux ouvriers vietnamiens dans le secteur de la transformation de la crevette, plus de 14 200 d’entre eux auraient pu accéder à un revenu vital« , explique Oxfam. Et ce n’est pas tout : la puissance d’achat du secteur, qui fait baisser continuellement les prix, exacerbe aussi les risques de violations des droits de l’homme et des droits du travail… Précarisation sans limite, enfants au travail et harcèlement sont légion dans le secteur agricole et alimentaire, résume l’ONG.

Nestlé, DanoneMcDonald’s, et puis les journées sans achat, et maintenant les supermarchés ? A force, certains vont finir par se demander ce que l’on va bien pouvoir manger !
Pas d’inquiétude : depuis une dizaine d’années, les agriculteurs, ruinés et épuisés par les méthodes agricoles conventionnelles mortifères, s’organisent en circuits courts. L’idée de génie : court-circuiter les moultes intermédiaires qui se servent des marges plus que conséquentes, au détriment des producteurs et des consommateurs, et recréer du lien entre ceux qui cultivent et ceux qui dégustent.

Alors, dès aujourd’hui, et pour la vie, boycottons les supermarchés, du moins pour tout ce que l’on pourra se procurer autrement, dans le respect des agriculteurs, de la terre, des espèces cultivées, et de notre santé… Chiche ?

La vente à la ferme

Qui dit circuits courts dit vente à la ferme, où les agriculteurs vous proposent d’acheter directement la production de leur exploitation : vente directe de légumes et de fruits, de viande ( agneau, porc, veau, bœuf, volaille, foie gras), de fromages, de vins, de miel, de confitures… Fraîcheur, qualité, origine et traçabilité sont dès lors au rendez-vous. Une question sur l’origine d’un produit, la conservation d’un légume ? L’avantage de se rendre à la ferme, c’est de pouvoir échanger avec le producteur, et même de visiter la ferme ! Les réseaux nationaux sont nombreux, : il y a les désormais bien connues AMAP, mais aussi le réseau Bienvenue à la ferme, ou encore Acheter à la source. Et puis Il y a aussi Chapeau de paille, un groupement de producteurs de fleurs, fruits et légumes qui ouvrent leurs potagers aux consommateurs : on peut y cueillir jusqu’à 15 produits différents. Les réseaux locaux se multiplient eux aussi. Quelques exemples ? La binée paysanne qui opère en Côte d’Armor : on commande les produits souhaités sur le site et on les récupère le vendredi au dépôt-vente le plus près de chez soi. A Grenoble, La Charrette Bio, une camionnette livre en différents point de la ville les produits bio commandés la semaine précédente… Et il y en a mille autres !

La vente livrée par la ferme

Autre solution : se faire livrer directement les produits de la ferme chez soi. Là aussi, il y a l’embarras du choix au niveau national. On peut directement se faire livrer des assortiments de fruits et légumes, comme par exemple avec Mon Panier Bio. Mais il existe aussi de nombreuses formules sans abonnement et sans panier imposé : Le panier paysan, par exemple, est un site de livraison à domicile, en entreprises ou en point relais de viandes, légumes, fromages, produits laitiers, à la carte ou au panier. Créé à l’origine en Provence, il fédère aujourd’hui 12 initiatives dans toute la France : Var, Drôme, Ardèche, Loire, Ain, Auvergne, Franche-Comté… LocavorLes Amis de la fermeLa Ferme du bio, Les Colis du boucher sont également des solutions à découvrir.
Chaque région développe aussi ses propres circuits. En dresser une liste exhaustive relève de la mission impossible, mais citons notamment Ecomiam qui met en relation producteurs et consommateurs de viande congelée et fraîche en Bretagne, Pays de la Loire, Haute et Basse Normandie, Les jardins de Cocagne, qui allient insertion et vente de paniers dans 110 jardins sur l’ensemble du territoire français, et Poiscaille, le site de circuits courts de produits de la mer, des poissons et crustacés livrés en direct du pêcheur à Paris.

Le vrac

Il y a aussi la solution du vrac, qui se développe dans les grandes villes… Mais pas que ! Pour savoir si vous pouvez à proximité acheter sans emballages, rendez-vous sur Day by Day, et même, par ici, une carte interactive des épiceries sur le territoire !

Et quand on n’a pas les moyens ?

He bien, c’est possible aussi : comme l’explique Bio à la Une, l’association Vrac vend les produits à prix coûtant, sans appliquer de marge. Présente dans les périphéries de Lyon et de Strasbourg, l’initiative fonctionne avec l’appui des producteurs qui fournissent en quantité convenable l’association. Il y a aussi Coopaparis, cette boutique parisienne qui propose des produits suspendus. Ce système fonctionne grâce à la solidarité des clients qui peuvent laisser anonymement des produits bio dans le panier “produit suspendus”. Le consommateur paye deux produits dont un qu’il peut donner directement à quelqu’un qu’il connaît ou le laisser “en attente” dans le panier, alors réservé aux clients qui n’ont pas les moyens de s’acheter ces produits. Peut-être existe-t-il une initiative similaire près de chez vous ? Renseignez-vous !

Et pour découvrir tous les bons plans des boycotteurs citoyens, rendez-vous sur Facebook !

 

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