Soldes : le prix humain et environnemental des « bonnes affaires »

Voilà bientôt 10 mois qu’en tant que boycotteur.ses citoyen.nes, nous refusons de consommer les produits de mastodontes irresponsables. Nous avons résisté à la frénésie du Black Friday, nous n’avons pas participé à la grande foire à la surconsommation de Noël, puis nous avons commencé l’année en nous lançant dans le défi Rien de Neuf. Nous avons ensuite refusé de participer à une Saint-Valentin de pacotille, nous avons décliné l’invitation des chocolats déforestants de Pâques, et nous avons même déclaré la guerre au plastique… Mais dans notre société toute dédiée à la croissance, chaque mois de l’année offre son lot d’occasions de vendre toujours plus, et nous voici donc, tout naturellement, en juin. Soit, dans cette société qui ne peut survivre sans nous, consommateurs effrénés, le mois des soldes.

Certes, après tous nos efforts, ce serait une idée un peu saugrenue d’aller courir les magasins. Mais les sirènes de la consommation nous harcelant à la radio, à la télé, sur les panneaux publicitaires dans la rue, dans les transports, et jusque dans nos boîtes mail et nos boîtes aux lettres, nous ne jetterons pas la première pierre à ceux qui auraient l’impulsion de céder à la tentation, soucieux de faire des économies en ces temps difficiles. Selon Oxfam, plus de 100 milliards de vêtements ont été vendus dans le monde en 2016, ce qui représentait en France 9,5 kg par habitant, 60 % de plus qu’il y a quinze ans… Donc oui, les sirènes de la consommation fonctionnent très très bien.
C’est la raison pour laquelle aujourd’hui, nous vous proposons une déconstruction de cette tentation en trois temps, sous le haut patronage de WeDemain qui a publié il y a quelques mois une excellente tribune sur la question, signée des co-fondateurs de la marque durable Loom.

1. Les grandes marques n’ont pas besoin des soldes
A l’origine, les soldes avaient pour objectif d’écouler les stocks de la collection d’hiver avant l’été, et inversement… Et aujourd’hui? Il n’y a plus deux collections par an, mais jusqu’à une toutes les trois semaines. Par ailleurs, les marques produisent en flux tendu et ont donc de moins en moins d’invendus. Comme le souligne Wikipédia, dans son article sur les soldes : « Certaines marques continuent à communiquer sur l’intérêt de leurs soldes, alors qu’elles ont moins de produits invendus qu’auparavant à écouler à cette période ».  Bref, même si elles prétendent le contraire, les marques n’ont plus vraiment besoin de faire des soldes.

2. Les soldes ne permettent pas de faire des affaires
Les marques n’ont peut-être plus besoin des soldes, mais la plupart d’entre nous pensent en avoir besoin pour vêtir le petit dernier ou s’acheter quelque chose d’utile pour la maison ! De fait, on nous rabâche que les soldes sont l’occasion rêvée de faire des bonnes affaires. Mauvaise nouvelle : c’est faux.  On a été tellement habitués à acheter en soldes que tout nous semble trop cher le reste du temps. Mais le graphique à retenir, c’est celui-ci :

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3. Les soldes nuisent aux pratiques respectueuses des petites marques
Pour rentrer dans la guerre des soldes et tirer leur épingle du jeu, les marques doivent réduire les prix en faisant baisser les coûts de production, ce qui n’est une bonne idée ni pour les petites mains qui fabriquent sans juste rémunération, ni pour la planète dont les ressources s’essoufflent, ni même pour les consommateurs (WeDemain creuse le sujet ici). Autre option : tricher en gonflant artificiellement les prix pour pouvoir les baisser au moment des soldes, en créant des collections de moins bonne qualité spécialement pour les solder. Ce qui n’est guère mieux, vous en conviendrez.

A l’heure des soldes d’été, nous vous proposons donc de prendre le temps de cette double réflexion très logique :
1/ Lorsque le prix d’un vêtement prend en compte le coût social de sa fabrication (juste salaire pour les employés, conditions de travail décentes etc.), il est bien plus cher. Autrement dit, quand vous achetez un tee-shirt à 5 euros, c’est inévitablement au détriment de celui qui le confectionne… N’oublions jamais qu’au Bangladesh, par exemple, des millions d’ouvriers sont employés à bas coût dans quelque 4.500 ateliers, fabriquant à tour de bras des vêtements pour les distributeurs occidentaux comme H&M, Primark, et consors.
2/ Sablage des jeanstannage au chrome… Les procédés de fabrication sont néfastes pour les employé-e-s mais aussi pour l’environnement, comme nous l’expliquions en long, en large et en travers lorsque nous nous sommes penchés sur le cas de H&M (toutes les infos par ici). Mais après l’acte d’achat, la pollution continue : à chaque passage en machine, les vêtements synthétiques libèrent des microparticules de plastique, qui polluent les écosystèmes et représentent un danger pour les animaux marins.

Source : Oxfam

Les faits sont là : l’industrie textile est l’une des plus impactantes au monde aux niveaux social et environnemental… Mais on peut refuser de participer à ce désastre et continuer à s’offrir des vêtements de temps en temps !

Pour faire de bonnes affaires en respectant les employé.es et la planète, des solutions existent !

Acheter des marques qui produisent bien et intelligemment
Autant il y a 15 ans, le choix était maigre, mais aujourd’hui, il n’y a plus d’excuse : VejaPatagoniaMaison StandardsAsphalteHopaalLes Récupérables1083 … Et 1000 autres encore que vous pourrez trouver par exemple par ici. C’est trop cher ? C’est surtout plus cher que ce que nous avons l’habitude de payer, et pour cause : le juste prix pour un tee-shirt, ce n’est pas 5 euros. S’il est vendu à ce prix, c’est aussi au prix de l’esclavage des gens qui le fabriquent.

Regarder l’étiquette
Si la matière est certifiée OEKO-TEX, cela certifie l’absence de produits toxiques. Et s’il est fabriqué en Europe, vous pouvez assumer que les ouvriers travaillent dans un cadre légal protecteur et que l’empreinte carbone est plus limitée.

Privilégier les occasions… et la sobriété
Les occasions, ce n’est plus l’apanage des Kiloshop et de Guerrisol. Si les marques éthiques coûtent trop cher pour votre budget, misez sur les friperies solidaires, les boutiques vintage, les plateformes de mode d’occasion, ou encore les trocs de fringues, de plus en plus populaires… Aujourd’hui, les vide-grenier sont monnaie courante, les vide-dressing sont chics, et les trocs de vêtements s’organisent en un tour de main.

Alors si on arrêtait d’acheter pendant les soldes ? Si nous soutenions les travailleurs textile, qui se mobilisent pour obtenir un salaire décent ? Ensemble, incitons les grands groupes textile à changer leurs pratiques irresponsables !

#boycottsoldes2019

 

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Depuis le mois d’octobre, le Boycott Citoyen initie des boycotts au long court de certains produits et groupes (Nestlé, Coca-Cola, MacDo…) mais aussi de pratiques (le plastique à usage unique, les voyages professionnels en avion, la surconsommation lors des fêtes commerciales etc.), ainsi que des articles permettant de mettre en avant les alternatives positives et responsables. Nous organisons régulièrement des journées sans achat pour initier des actions coup de poing et montrer l’impact de consommateurs qui prennent le pouvoir, et tous les autres jours, nous apprenons à consommer autrement !
Chaque jour, sur www.boycottcitoyen.org, retrouvez des articles qui vous aident à éviter les produits irresponsables, et à adopter de nouvelles pratiques respectueuses de l’environnement et de l’homme.
Sur la page Facebook du Boycott citoyen, la communauté des boycotteurs et boycotteuses citoyen.nes échangent leurs idées, astuces et bons plans, donnant du poids au mouvement global… Motivant !

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Vous suivez le Boycott Citoyen ? Vous avez initié des changements dans vos modes de consommation grâce aux alternatives proposées ? N’hésitez pas à soutenir nos actions sur Tipeee !