Lutter, et savourer : la subtile équation du bonheur dans une civilisation au bord du gouffre

Lutter.
Se mobiliser, marcher, harceler nos dirigeants, signer des pétitions, marcher encore.
Et puis s’informer, être curieux, intraitables sur nos sources, soutenir les associations, les mouvements qui s’engagent, sensibiliser nos proches.
Changer notre façon de consommer, aussi, trier nos déchets, fabriquer nos produits ménagers, faire du covoiturage, abandonner les supermarchés, changer de fournisseur d’énergie, nettoyer nos plages, dire non aux voyages d’affaires inutiles.
Et puis encore refuser le plastique à usage unique, boycotter les multinationales irresponsables, adopter des alternatives respectueuses de l’homme et de l’environnement, , , .
Mettre fin au déni, accepter de regarder l’avenir droit dans les yeux, refuser de déposer les armes, faire sa part du colibri,  faire plier le système, ou au moins essayer parce qu’on n’a pas le choix, ou parce qu’on fait partie des 4,76% d’humains à avoir le choix (si vous gagnez le Smic en France, vous gagnez en un an ce qu’un agriculteur du Ghana mettrait 119 ans à obtenir. Si vous gagnez plus de 16.000 euros par an, vous faites partie des 4,76% des personnes les plus riches au monde . A 20.000 euros par an, cela tombe à 2,62%, faites donc le calcul par ici…) Alors quand on a le choix, essayer de faire le bon.
Et lutter, sans relâche.

Et néanmoins savourer.
Profiter de chacune des 86400 secondes que la vie nous offre chaque jour, ici, là où nous sommes, et pas là-bas où on a faim, où on fuit un conflit, où on vit sous la menace. Sourire au matin, parler à nos voisins, chérir nos enfants, saluer le soleil, rire avec nos frères et soeurs, cuisiner avec amour, se promener en admirant le ciel, écouter le chant des oiseaux, faire la sieste sous un arbre, dîner avec nos amis, .
Et puis se souvenir des bons moments, en préparer d’autres pour demain, et après-demain, s’extasier devant la beauté d’une plante qui pousse, faire des surprises à nos proches, donner des coups de pouce à des inconnus, faire un coucou aux étoiles avant d’aller nous coucher.
Et encore remercier notre corps d’être en bonne santé, plonger dans la mer, apprécier d’avoir un toit, se rappeler les moments heureux en famille, s’extasier face au ballet de l’infiniment grand, qui nous dépasse tant, border notre petit dernier en lui caressant la joue, caresser les fleurs du printemps, embrasser les arbres, écouter de la bonne musique, rire à gorge déployée, s’émouvoir face à l’enfance, danser tant qu’on le peut, trinquer au bonheur d’être en vie, à la douceur d’être entouré, à la chance d’être là.

Chaque jour, les nouvelles du monde tombent, comme des mouches, comme des tuiles, comme des couperets, comme si de rien n’était.
Regardons-les, retenons-les, combattons-les, insurgeons-nous. Et en même temps, n’oublions pas de faire ce pas de côté qui nous permettra de ne pas nous les prendre sur la tête. Gardons notre jeunesse, notre humour, notre joie de vivre, notre naïveté même, celle de croire que tout n’est pas perdu. Conservons bien précieusement les moments qui nous appartiennent, les amitiés qui nous sont chères, la vie que nous nous faisons, les souvenirs que nous nous fabriquons. Gardons-les bien au chaud, sur quelque étagère de notre âme, chérissons-les, cultivons-en d’autres, cent autres, mille autres, autant qu’il nous sera possible d’en imaginer.

Plus tard, un jour, c’est sûr, nous serons heureux de l’avoir fait.
Lutter, et savourer : dans les deux cas, il ne faut rien lâcher.

 

 

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